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Diminuer le bilan carbone de l'entreprise : pour quels avantages concurrentiels et stratégiques ?

Au-delà d’une démarche vertueuse, réduire l’empreinte carbone (c’est-à-dire la quantité de gaz à effet de serre induite par les activités de l’entreprise), emporte des avantages concrets. Explications accompagnées du point de vue de Simon Létourneau, co-fondateur de Carbo, une application 100 % web qui aide les particuliers et les entreprises à mesurer leur bilan carbone, mais aussi à le diminuer et à le valoriser.

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La transition énergétique ou écologique irrigue désormais la vie économique et sociale. Elle est aussi devenue un pilier pour les entreprises engagées dans une stratégie de développement sur le long terme. Mais l’écologie est souvent perçue comme un coût sans bénéfice. Comment une entreprise peut-elle s’approprier cet enjeu, et notamment celui de la réduction des rejets de Gaz à Effet de Serre (GES), principal facteur du changement climatique ? 

Les intérêts pratiques d’une maîtrise et d’une réduction du bilan carbone

Portrait de Simon Létourneau
Simon Létourneau, co-fondateur de Carbo.

Simon Létourneau, co-fondateur de Carbo, identifie cinq motivations : 

Raison n°1 : « conserver et augmenter sa clientèle. Sans doute la motivation la plus répandue et la plus impactante. C’est particulièrement vrai dans le BtoB puisque la réduction des GES fait partie des critères d’obtention de bon nombre d’appels d’offres de grands groupes et des collectivités territoriales. D’ailleurs les objectifs durables ou achats responsables sont une tendance nouvelle mais forte des directions achats ». On constate aussi une vraie sensibilité du marché quant à l’impact écologique d’une entreprise en BtoC.

Raison n°2 : se distinguer vis-à-vis des banques ou fonds d’investissements, dont beaucoup conditionnent leur engagement à des indicateurs spécifiques liés à la réduction des GES. On note aussi qu’une telle démarche joue dans la valorisation des entreprises cotées. « Cette exigence des investisseurs emporte une logique de chaîne, souligne Simon Létourneau, car l’entreprise concernée va demander à tous ses fournisseurs de contribuer à la neutralité carbone ».

Raison n°3 : le rayonnement de la marque employeur. Toutes générations confondues, la démarche écologique de l’entreprise est un critère important du candidat. Un élément différenciant et donc intéressant notamment pour les entreprises soumises à une certaine tension dans le recrutement. « C’est aussi un axe de fidélisation, de culture d’entreprise : on voit de plus en plus un ou des collaborateurs initier une telle démarche, laquelle à terme fédère la communauté professionnelle ».

Raison n°4 : l’anticipation réglementaire, voire une labellisation. « Il y a une obligation pour les entreprises de plus de 500 salariés, de réaliser leur bilan carbone. Or, le réglementaire acte souvent une tendance de fond. Les TPE-PME et ETI françaises non soumises à cette obligation le savent et certaines anticipent cette future contrainte », estime Simon Létourneau (à propos du réglementaire à anticiper, lire aussi notre article sur la taxonomie verte).

Raison n°5 : Une quête de sens, une volonté d’inclure l’entreprise dans de larges enjeux : « Certains chefs d’entreprise ont des convictions écologiques, nées souvent d’un déclencheur tel que la mise en contact avec un site pollué ou l’arrivée d’un enfant. Et ils entendent que leur entreprise joue un rôle positif dans la transition ».

« Une entreprise peut agir au regard de l’une d’entre elles ou de plusieurs, précise l’expert. Et au sein de l’entreprise, chaque fonction peut avoir une raison qui lui est propre ».

Les émissions non directement liées à l’activité, source d’actions rapides à fort impact

Une fois la ou les raisons identifiées, l’entreprise qui se lance dans la réduction de ses émissions de GES, va se découvrir sous un nouveau jour. Car il y a une vraie méconnaissance de ce qui engendre un fort niveau de GES. « Evidemment les postes les plus carbonés en entreprise varient selon les secteurs d’activité, mais schématiquement on peut identifier quatre catégories :

  • le poste « bureau » soit la consommation d’énergie, les déchets, la maintenance ;
  • le poste « transports » ;
  • les achats de matières premières ;
  • le poste dit « numérique », assez méconnu.

Quel que soit le secteur d’activité, toute entreprise doit d’abord dissocier les émissions liées à l’activité de l’entreprise et celles qui ne sont pas directement liées ». Car ces dernières peuvent donner lieu à des actions rapides à fort impact carbone : « Il y a parfois des surprises. Ainsi, nous avons accompagné une entreprise qui a découvert que le séminaire à l’étranger organisé pour ses collaborateurs, avec un transport en avion, représentait un tiers de son empreinte carbone annuelle ». Quant aux émissions qui relèvent de l’activité de l’entreprise, elles nécessitent parfois de changer sa grille d’analyse : « la visite de ce site de production à l’étranger nécessite-il un aller-retour en avion ? Livrer en urgence certains clients est-il un vrai bon choix stratégique ? Il convient d’ajouter les données carbone à celles relatives aux coûts et aux prix ».

Par où commencer ?

Maitriser puis réduire son empreinte carbone passe donc par l’adoption d’une trajectoire, à piloter au regard de différents référentiels mais « avant toute chose, alerte Simon Létourneau, l’entreprise doit initier une réflexion de fond, allouer des ressources spécifiques et disposer de sponsors au sein de la direction ». Dans certains cas de figure, ce sera le PDG, le DG, ou le responsable RSE mais « ce peut-être aussi le directeur commercial, parce que celui-ci s’investit au regard d’un appel d’offres, ou le directeur de site au regard d’une future implantation ». Alors l’entreprise est prête pour d’abord calculer son bilan carbone, en ayant un œil attentif aux indicateurs de comparaison avec les entreprises de même taille et de même secteur. « Côté réduction des GES, comptez un mois pour avoir les premiers résultats, puis un point d’étape tous les trois mois. La démarche sera d’autant plus profonde qu’elle s’appuiera sur l’engagement de tous les salariés et pour cela l’entreprise doit être capable de parler en CO2 comme elle parle en euros » (sur ce point, lire l’explication détaillée de Carbo).

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